Pourquoi le livre contient de l’audio et de la vidéo
La question de Marianne Ager qui ne l’a pas quitté, et comment elle a transformé Come Get Your Honey en un petit univers avec de l’audio et de la vidéo.
Come Get Your Honey comporte deux QR codes. L’un ouvre un enregistrement audio, l’autre une vidéo. Certains y voient d’abord un gadget avant de les scanner, puis changent d’avis. Le multimédia ne faisait pas partie du projet initial du livre. Il existe à cause d’une seule question.
La question de Marianne
Marianne Ager, conservatrice de la photographie et du film au Kunstmuseum Brandts, a écrit l’outro du livre. Pendant que nous y travaillions, elle m’a demandé, presque en passant, si j’avais des vidéos des personnes photographiées.
J’ai répondu que non.
La question m’est restée, comme le font les questions sans réponse. La photographie aplatit les gens en une fraction de seconde, et j’avais passé trois années à soutenir que ce travail était affaire d’écoute — pourtant le livre, tel qu’il était prévu, restait silencieux. Les personnes qui y figurent ont des voix, des accents, des rires, des façons de marquer une pause. Un portrait ne peut rien porter de tout cela. Un enregistrement, si.
Le livre s’est alors doté de deux portes. Derrière l’une, une voix. Derrière l’autre, des images en mouvement. Ni l’une ni l’autre ne remplace les photographies ; elles se tiennent en dessous, de la même manière qu’un puits dans une cour ne remplace pas la cour.
Un petit univers
Dès le départ, je voulais que le livre soit un monde autonome plutôt qu’un portfolio — une introduction, un outro, un entretien mené par Prince Emrah, des essais d’Amrou Al-Kadhi et de Marianne Ager, et les deux QR codes. Quelque chose que l’on pénètre, que l’on traverse à son propre rythme, et dont on ressort changé, plutôt qu’une suite de mes meilleures images.
Un livre imprimé est transportable et fini. Contrairement à un fil d’actualité, il ne se rafraîchit pas, et il ne disparaît pas. Ajouter de l’audio et de la vidéo aurait facilement pu briser cette finitude, transformant l’objet en page d’accueil. Les QR codes fonctionnent parce qu’ils restent discrets : deux petites marques qui attendent qu’un lecteur soit assez curieux pour poser une question au livre. Ce qui est, au fond, exactement ce que Marianne m’a fait.
Le livre est publié par Kehrer Verlag ; la série qu’il contient se trouve ici.